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Les bienfaits des jeux de société, sans les exagérer

Le bénéfice le mieux établi du jeu de société n'est pas cognitif mais social, et il ne dépend pas du jeu choisi mais de la régularité des parties.

En bref. Ce qui est solide — le jeu de société crée du temps d'attention partagée, de la conversation et du contact en face à face, à tout âge. Ce qui est plausible et étudié — chez le jeune enfant, les jeux de parcours à cases numérotées aident à se représenter les nombres, et les jeux d'expression multiplient les occasions de parler. Ce qui est vendu à tort — l'idée qu'un jeu « développe l'intelligence » de façon générale. Les progrès observés portent d'abord sur ce que le jeu fait pratiquer, pas au-delà.

Pourquoi les bienfaits du jeu sont difficiles à mesurer

Trois obstacles reviennent dans toutes les études. Le premier est la comparaison : mesurer l'effet d'une séance de jeu suppose de savoir ce qu'auraient fait les participants pendant ce temps-là, et un groupe qui joue est aussi un groupe qui se réunit, discute et sort de chez lui. Le deuxième est la durée : la plupart des protocoles s'étalent sur quelques semaines, ce qui ne dit rien de ce qui reste un an plus tard. Le troisième est le transfert : progresser à un jeu ne prouve pas qu'on progresse ailleurs, et c'est précisément le point faible de toute la littérature sur l'entraînement cognitif.

Les travaux menés chez les personnes âgées sont majoritairement observationnels : on suit des gens qui jouent déjà et on compare. L'association que ces études trouvent entre pratique régulière de jeux et meilleur état cognitif est réelle, mais elle n'établit pas de lien de cause à effet — les personnes qui jouent régulièrement sont aussi celles qui ont un réseau social actif, une bonne mobilité et souvent un meilleur niveau d'études.

Cela ne rend pas le sujet vide. Cela déplace la question : au lieu de demander si le jeu de société « rend intelligent », il faut demander ce qu'un jeu donné fait pratiquer, à quelle fréquence, et avec qui. C'est une question à laquelle on peut répondre concrètement.

Chez l'enfant — ce que le jeu fait travailler pour de bon

L'attente et le tour de rôle. C'est l'apprentissage le plus visible avant 6 ans, et il n'a rien de cognitif : accepter que ce ne soit pas son tour, tenir quelques minutes sans intervenir, respecter une règle qu'on n'a pas choisie. Un jeu de dix minutes en donne dix occasions.

Les nombres. Des travaux de psychologie du développement ont montré qu'un simple jeu de parcours à cases numérotées régulièrement pratiqué améliore la façon dont de jeunes enfants se représentent les quantités. Le mécanisme est banal : avancer de trois cases en comptant à voix haute associe un mot, un geste et une distance. Les jeux qui font manipuler des nombres à deux chiffres, comme 6 qui prend, prolongent ce travail vers l'ordre de grandeur.

Le langage. Un jeu où il faut décrire, faire deviner, justifier son choix produit beaucoup plus de paroles qu'une activité silencieuse. Ce n'est pas le jeu qui enseigne le vocabulaire, c'est l'adulte présent à la table : la conversation autour du plateau vaut souvent plus que le plateau.

La frustration. Perdre à un jeu est un des rares échecs à faible enjeu qu'un enfant rencontre en présence d'un adulte. Les jeux coopératifs déplacent l'échec vers l'extérieur et servent de transition ; le sujet est développé sur notre page consacrée à l'initiation des enfants au jeu.

Chez l'adulte et la personne âgée

Le bénéfice principal est social, et il est mesurable dans le calendrier plus que dans le cerveau : une soirée jeux crée un rendez-vous récurrent, ce que la plupart des loisirs adultes ne font plus. Le jeu donne aussi une structure à la conversation, ce qui aide les personnes que le bavardage libre met mal à l'aise — c'est la raison pour laquelle il fonctionne bien avec des adolescents, des collègues ou des familles recomposées.

Chez la personne âgée, le jeu régulier entretient des choses très concrètes : la manipulation fine, la vision de près, la mémoire de travail sur un tour, la capacité à suivre une règle. Il vaut mieux choisir des jeux à gros matériel et sans lecture de petits caractères, comme Qwirkle, plutôt que des jeux réputés « bons pour la mémoire ». Nos sélections senior et EHPAD partent de ces contraintes.

Dernier point, rarement dit : dans un cadre familial élargi, le jeu est souvent la seule activité où un enfant de 8 ans, un adulte et un grand-parent participent à égalité, avec les mêmes règles. Cette symétrie n'existe presque nulle part ailleurs, et elle explique une partie de ce que les familles ressentent comme un bienfait.

Ce que le jeu fait, et ce qu'il ne fait pas

Bénéfice annoncéCe qu'on peut raisonnablement en direCe qui l'exerce concrètement
Lien socialLe mieux établi, à tout âge, sans condition sur le jeu choisiN'importe quel jeu joué régulièrement à plusieurs
Représentation des nombresDocumenté chez le jeune enfant sur des jeux de parcours numérotésJeux de parcours comptés à voix haute, puis 6 qui prend
Langage et vocabulaireLe jeu crée les occasions, l'adulte fait le resteJust One, jeux d'expression et de description
Attention soutenuePlausible sur la durée du jeu, transfert non démontréJeux à tour rapide et information ouverte
Coopération et écouteObservable dans le jeu, transfert dépendant du cadreThe Crew, jeux coopératifs à communication limitée
« Développer l'intelligence »Formulation sans contenu vérifiable, à écarterAucun jeu ne le fait au sens général

Quatre jeux et ce qu'ils font pratiquer

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Comment en tirer quelque chose

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Les jeux de société rendent-ils plus intelligent ?

Non au sens général. Un jeu fait progresser sur ce qu'il fait pratiquer — situer des nombres, retenir des positions, formuler un indice — et le transfert vers d'autres domaines est faible ou non démontré. Le bénéfice le plus solide est social, pas cognitif.

À partir de quel âge un enfant profite-t-il d'un jeu de société ?

Vers 3 ans avec un coopératif à dé de couleurs comme Le Verger, qui demande seulement de reconnaître une couleur et d'attendre son tour. Avant, l'enfant manipule mais ne joue pas au sens des règles. Les vrais choix tactiques apparaissent vers 5 ou 6 ans.

Les jeux de société sont-ils utiles contre le déclin cognitif ?

Les études menées chez les personnes âgées sont observationnelles et montrent une association, pas une cause. Elles ne permettent pas de promettre un effet protecteur. Ce que le jeu apporte de sûr — un rendez-vous social régulier, de la manipulation, de l'attention — reste précieux à ce titre.

Quel jeu de société choisir pour faire progresser un enfant en calcul ?

Un jeu où les nombres servent réellement à décider. 6 qui prend fait situer des nombres à deux chiffres entre deux autres, Skyjo fait additionner et comparer des totaux à chaque manche. Les deux valent mieux qu'un jeu de calcul étiqueté pédagogique où l'on répond à des questions sans conséquence.